|
|
Interview
of Denise Mangones by Michel Philippe Lerebours
M.P.L. = Michel Phillippe Lerebours
D.M. = Denise Mangones
click here for French Version
|
|
M.P.L.:
|
When
and under what circumstances did you begin to paint? |
|
D.M.:
|
I
began very early to use pencil and colors. In my family everyone painted
a lot, and I learned by watching my uncles and aunts work. But my
career really began in 1990. Marie Alice Theard, who had seen my attempts,
told me to take courses with Roland Dorcely. Roland Dorcely was my
first guide, and I learned much with him. A year later you yourself
encouraged me to show my work. The great adventure started. |
|
M.P.L.:
|
Who
are the artists that have influenced you most? |
|
D.M.:
|
I
hesitate to reply. I never wanted to subject myself to the influence
of a single artist or instructor. I certainly profited enormously
from the teaching of Dorcely. I very much liked Ronald Mews and Philippe
Dodard with whom I kept company for a time. But my ideal was not to
coop myself up in the narrow frame of Haitian art. I wanted other
reference points. I read a lot on occidental art-saw a lot too. I
tried to understand and take advantage of everything that caught my
attention. I adore the great classics of the Renaissance: Raphael,
Michelangelo.who taught me a lot. The Mexican painters Diego Rivera,
Tamayo, Siqueiros are for me an inexhaustible source of reflection.
I'm always looking for new things. And I'm sure I'll be able to enrich
my style still more. |
|
M.P.L.:
|
How
would you define your style? |
|
D.M.:
|
Since
my debut in 1991 I've never stopped moving. At first I was attracted
to a rather idyllic type of painting, strongly decorative despite
its tendencies to realism. My palette grew progressively richer, and
I preferred pure and warm tones while my forms never ceased refining
it and becoming more stylized. After that I felt attracted once again
to Amerindian art. Then I had to modify my approach to achieve the
desired equilibrium between line and color. Today my art is situated
between the real and the imaginary, between the world of dreams and
the living. There's what I represent on my canvas and what allows
us to pass beyond appearances to encounter the "beyond" of beings.
|
|
M.P.L.:
|
What
is your concept of a work of art? |
|
D.M.:
|
It
must be the expression of what you carry within yourself. What we
receive, what we perceive, must be patiently directed and rendered.
So that the work of art rests on an ensemble of syntheses and must
offer itself as a solution to a problem that has been posed. Then
it becomes the expression of what we wish for and miss. Certain people
think that the purpose of a work of art is to please. Perhaps they
are right. But I myself don't like what is too beautiful. Something
that is too beautiful does too well, is insipid, and lacks soul. |
|
M.P.L.:
|
Has
voodoo influenced your art? |
|
D.M.:
|
Yes
of course. The spirit of voodoo, as also the plastic values that are
appropriate to it. I realized a whole series of virgins and I allowed
myself to be influenced by the color, the attitudes even the soul
states of the loas. My virgins were very successful. I never was able
to present them to the public in a big show. They were hardly finished
when they were taken from me. |
|
M.P.L.:
|
How
do you view the future of Haitian painting? |
|
D.M.:
|
Hard
to say. It could be brilliant. It could be disastrous. I know that
many artistic possibilities exist among us. We are rich, but we don't
know how to utilize our riches. I'd like to hope that we will become
aware of the economic possibilities of our art that can aid us in
redressing the whole economy of our country. Our excessive reverence
for the arts is failing us. |
|
|
|
|
|
|
|
M.P.L.:
|
Quand
et dans quelles circonstances avez-vous commencé à peindre? |
|
D.M.:
|
J'ai commencé
très tôt à manier le crayon et les couleurs. Dans ma famille on
peignait beaucoup et j'ai appris en regardant travailler mes oncles
et mes tantes. Ma vraie carrière a cependant commencé en 1990. Marie
Alice Théard qui avait vu mes essais m'a conseillé de suivre des
cours avec Roland Dorcély. Roland Dorcély a été mon premier guide
et j'ai beaucoup appris avec lui. Une année plus tard vous m'avez
vous-même encouragé à exposer. La grande aventure commençait.
|
|
M.P.L.:
|
Quels sont les artistes qui vous ont le plus marqué?
|
|
D.M.:
|
J'hésite
à répondre. Je n'ai jamais voulu me laisser prendre au jeu d'une influence
unique. J'ai certainement tiré d'énormes profits de l'enseignement
de Dorcély. J'ai beaucoup aimé Ronald Mews et Philippe Dodard que
j'ai pendant un temps fréquentés. Mon idéal n'était cependant pas
de m'enfermer dans le cadre étroit de la peinture haïtienne. J'ai
souhaité d'autres références. J'ai beaucoup lu sur l'art occidental,
beaucoup vu. Je me suis efforcée de comprendre et de tirer avantage
de tout ce qui retenait mon attention. J'adore les grands classiques
de la Renaissance: Raphaël, Michel-Ange... qui m'ont beaucoup appris.
Les peintres mexicains Diego Riviera, Tamayo, Siqueiros sont pour
moi une source inépuisable de réflexion. Je cherche toujours. Et je
suis sûre de pouvoir encore enrichir mon style. |
|
M.P.L.:
|
Comment
auriez-vous défini votre style? |
|
D.M.:
|
Je
n'ai cessé de bouger depuis mes débuts en 1991. J'ai été d'abord portée
vers une peinture plutôt idyllique, fortement décorative malgré ses
tendances au réalisme. Ma palette s'est progressivement enrichie et
j'ai préféré les tons purs et chauds pendant que mes formes ne cessaient
de l'épurer et de se styliser. J'ai ensuite ressenti l'attrait de
l'art amérindien. J'ai dû alors modifier mon approche pour parvenir
à l'équilibre souhaité entre la ligne et la couleur. Aujourd'hui mon
art se situe entre le réel et l'imaginaire, entre l'onirique et le
vécu. Il y a ce que je représente sur ma toile et ce qui nous permet
de dépasser les apparences pour rencontrer "l'au delà" des êtres.
|
|
M.P.L.:
|
Quelle
conception vous faites-vous de l'ouvre d'art? |
|
D.M.:
|
Elle
doit être l'expression de ce qu'on porte en soi. Ce que nous recevons,
ce que nous percevons doit être patiemment dirigé et rendu. Tel que
l'ouvre d'art repose sur un ensemble de synthèses et doit s'offrir
comme une solution à un problème posé. Elle devient alors l'expression
de ce que nous souhaitons et qui nous manque. Certains estiment que
le but de l'ouvre d'art est de plaire. Ils ont peut être raison. Mais
moi je n'aime pas ce qui est trop beau. Ce qui est trop beau, trop
bien fait est fade et manque d'âme. |
|
M.P.L.:
|
Le
vaudou a-t-il influencé votre art? |
|
D.M.:
|
Bien
sûr que oui. L'esprit du vaudou, comme aussi les valeurs plastiques
qui lui sont propres. J'ai réalisé toute une série de vierges et je
me suis laissée influencer par la couleur, les attitudes et jusqu'aux
états d'âme des loas. Mes vierges ont eu un grand succès. Je n'ai
jamais pu les présenter au public dans une grande exposition. Elles
étaient à peine faites qu'elles m'étaient enlevées. |
|
M.P.L.:
|
Comment
voyez-vous l'avenir de la peinture haïtienne? |
|
D.M.:
|
Difficile
à cerner. Il peut être brillant. Il peut être désastreux. Je sais
qu'il y a chez nous beaucoup de possibilités artistiques. Nous sommes
riches mais nous ne savons pas utiliser nos richesses. J'aurais souhaité
qu'on prenne conscience des possibilités économiques de notre art
qui pourrait aider à redresser toute l'économie de notre pays. Le
mécenat nous fait défaut. |