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L'Oeuvre
de Solanges Jolicoeur
L'oeuvre
de Solanges Jolicoeur déroute, dérange et puis fascine
bien qu'a première vue, elle nous semble familière,
proche de ce qu'on a convenu d'appeler "l'Impressionisme
Haitien", proche aussi d'une certaine peinture primitive
par l'intensité des couleurs et la sonorité des
harmonies.
Elle se propose
comme un feu d'artifice, une explosion de couleurs fortes. Les
gammes les plus fortes de jaune, de rouge, de bleu, employées
pures dans d'audacieux rapprochements soutenus seulement avec
des taches de violet, de vert, et des éclaboussures de
blanc. Ainsi tempérées, les dissonances se taisent.
Et se crèent quoique légèrement acidulées,
des harmonies amples, somptueuses, discrètement impregnées
d'une troublante sensualité.
L'approche
est cependant différente. Les primitifs aimaient les larges
aplats uniformes aux résonances profondes, quasi infinis.
Sans rien qui put atténuer leur éclat. Sans "l'intervention"
des "complémentaire" combine salutaire. L'ettonant
est la facilité avec laquelle ils parvenaient a équilibrer
les masses, a éteindre leur éclat, a rendre acceptable
des accords au depart jugés impossibles. Avec les indéfinissables
accents poétique qu'entraine la spontanéité
et le manque de savoir-faire traditionnel.
Si Solanges
Jolicoeur refusant le frottis et les glacis, se complait dans
les empatements, travaillant assez souvent au couteau, si comme
pour moduler les surfaces, elle fragmente les touches, les voulant
ici larges et rugeuses, la (there), tenues et effacées
comme une suite d'éraflures, elle ne pense jamais provoquer
le mélange optique. La discipline du pinceau, la densité
de la touche, la présence déterminante de la ligne
qui cerne les formes et les spécifie, c'est tout cela qui
l'écarte de l'impressionisme haitien sans pour autant l'ouvrir
sur l'expressionisme dans un déroutant debordement de passions
ou d'émotions. Tout est bien controlé, trop bien
maitrisé pour s'allier un quelconque laisser-aller.
Le sujet
est-il de quelqu'importance? Paysages, scènes d'intérieur,
portraits. La représentation est volontairement floue qui
semble se répéter avec seulement quelques nuances.
Simples variations sur un même thème, ou sujet prétexte
au libre jeu de la couleur. Il ne faut pourtant pas se laisser
prendre au jeu, et loin d'être une simple organization plastique,
l'oeuvre bouge dans un effroyable tumulte. Son terrain contient
difficilement les cris et les hurlements. Un monde inquiéttant
de sous-entendus qui laisse la plus grande liberté a notre
imagination. Et qui se tisse d'élans réfreinés.
Comme des rêves avortés qu'essaient vainement de
reconstituer le souvenir. Un monde de tension qui confine au tragique.
Un monde ou la vie sans s'affoler surgit dans une lueur d'incendie.
Calme, sérénite en porte a faux? Ou sanglots étouffés
pour surmonter inconhérences et turpitudes? Un monde ou
finalement le malheur meme nié est plus probable que le
bonheur. Et ou plus rien n'est sur. Les personages semblent eux-memes
douter de leur existense.
Oeuvre fascinante.
D'autant plus surprenante qu'elle se tient en marge des tendances
actuelles de la peinture Haitienne qui perd le sens des tons forts,
surelevés pour se laisser tenter par les grisailles et
les harmonies plus douces. Quand elle ne verse pas dans le tâchisme
ou l'abstrait informel, ou qu'elle ne privilégie l'objet
au point de lui conférer une vérité quasi
photographique.
Entre le
tâchisme et l'hyperréalisme, il y a beaucoup de place
pour un dire plus franc, plus personnel. Au dela de l'acquis technique
qui lui a valu une réelle maitrise, c'est l'expression
discrète des émotions qui chez Solanges Jolicoeur
retient l'attention. Un chant troublant qui, une fois entendu,
ne peut que difficilement s'oublier.
C'est ce
qui se rend cette peinture aussi attachante.
~Michel
Philippe Lerebours
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