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I N T E R V I E W
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Interview
of Serge Jolimeau by Michel Philippe Lerebours
M.P.L. = Michel Phillippe Lerebours
S.J. = Serge Jolimeau
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M.P.L.:
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Quand
et comment avez-vous commencé à travailler le métal ? |
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S.J.:
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Très tôt
je me suis intéressé à l'art du métal découpé qui était alors
à ses tout débuts. Regardant faire, parfois aidant. Les forgerons
vivaient dans mon quartier et leur travail me fascinait. Je me
suis mis, un jour, en apprentissage chez Sérisier Louis Juste.
Sérisier comme ses frères Joseph et Janvier, avait travaillé avec
Georges Liautaud, le véritable initiateur du métal découpé. En
1973, j'ai décidé de m'établir seul et j'ai ouvert mon atelier.
J'avais alors 21 ans.
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M.P.L.:
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Comment évolue votre art ?
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S.J.:
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J'ai
fait beaucoup de chemin depuis mes débuts. Peut-être ai-je eu de
la chance. J'étais encore à l'atelier de Sérisier Louis Juste quand
Pierre Monosiet a découvert mon ouvre. Il a immédiatement pensé
que j'avais beaucoup de possibilités et a insisté pour que j'aille
voir Francine Murat au Centre d'art. Francine m'a beaucoup aidé
de ses conseils, et avec Pierre, m'a donné le sens des vraies valeurs
esthétiques. Ils m'ont surtout appris à me méfier de la commercialisation.
J'ai ainsi compris qu'il fallait éviter répétitions qui immanquablement
conduisent à la stagnation. Chaque pièce pour moi est une expérience
nouvelle. |
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M.P.L.:
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Quelle
place occupe le volume dans vos créations ? |
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S.J.:
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Au
début mes ouvres étaient plates et je m'inquiétais fort peu de suggérer
le volume. Le dessin était tout ce qu'il me fallait. Progressivement,
j'ai senti le besoin de soulever les surfaces, de les animer. Ou
plutôt, tout cela s'est fait inconsciemment. Le sujet exigeait parfois
des changements de plans, ou une répétition des motifs sur des plans
parallèles. Mais j'évite les excès qui pourraient dénaturer mon
ouvre. Le métal découpé a ses valeurs qu'il faut connaître et respecter.
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M.P.L.:
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Pensez-vous
que vos créations puissent être considérées comme de véritables
sculptures ? |
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S.J.:
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Pourquoi
pas ? Je n'ai pas l'obsession du volume. Mais, je viens de vous
le dire, le volume est essentiel dans mon art. Je ne me contente
pas de découper des feuilles de tôle. Je travaille mes formes, j
'essaie de leur donner vie. Où finit le dessin ? Où commence la
sculpture ? Si la sculpture est l'art du volume, mes créations doivent
être considérées comme des sculptures. |
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M.P.L.:
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Comment
vos créations sont elles reçues en Haïti ? À l'étranger ? |
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S.J.:
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Très
bien dans l'ensemble. J'ai plusieurs fois exposé à l'étranger, en
Europe comme en Amérique et partout mes ouvres ont retenu l'attention.
Au début la clientèle haïtienne était hésitante. Depuis quelque
temps, elle est aussi me soutient autant que la clientèle étrangère.
Mon atelier est assez bien fréquenté. |
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M.P.L.:
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Vos
sujets sont bien particuliers. D'où viennent-ils ? |
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S.J.:
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J'essaie
au maximum de varier mon inspiration. Je présente des animaux fantastiques,
des personnages tirés du vaudou. Comme les sirènes, des êtres purement
merveilleux qui peuplent l'imagination populaire. Et aussi des fleurs,
des feuilles, des oiseaux. Le vaudou, les contes et les légendes
populaires sont pour moi des sources précieuses. Le vaudou surtout.
Je ne pratique pas le vaudou. Mais un Haïtien a-t-il le droit d'ignorer
et de négliger ce qui est le fondement même de sa culture. |
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M.P.L.:
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Avez-vous
de nombreux élèves. Arrivent-ils à s'affranchir de votre style ?
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S.J.:
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J'ai
en effet de nombreux élèves. L'apprentissage est assez long et assez
difficile. Je dois leur enseigner les techniques que j'ai apprises
et parfois approfondies et perfectionnées. Je dois aussi leur donner
le sens des valeurs artistiques. J'essaie cependant de respecter
et de sauvegarder leur personnalité. Ceci n'est pas toujours facile
parce que certains sont peu doués ou pensent seulement à faire de
l'argent rapidement en copiant. Plus d'un cependant est arrivé à
trouver son propre style et a créer des ouvres très personnelles.
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M.P.L.:
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Comment
voyez-vous l'avenir du métal découpé ? |
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S.J.:
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C'est
un art en plein épanouissement qui malheureusement a été industrialisé
et commercialisé à outrance. C'est pour cela qu'il faut résister,
empêcher que le métal découpé ne devienne une production purement
artisanale. Le métal découpé promet encore beaucoup, beaucoup. L'avenir
dépend donc, en très grande partie, des artistes, de leur conscience
professionnelle, de la préservation de leur esprit de créativité.
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