|
I N T E R V I E W
|
Interview
of Renold Laurent by Michel Philippe Lerebours
M.P.L. = Michel Phillippe Lerebours
R.N. = Renold Laurent
|
|
M.P.L.:
|
Quand
et avec quelle influence avez-vous commencé à peindre? |
|
R.N.:
|
Je suis né
dans un village où il y a beaucoup de peintres, à Lafond, à six
kilomètres de Jacmel. Celestin Faustin, Wilmino Domond, Castera
Bazile sont de Lafond. Dans ma famille, elle-même, il y a beaucoup
de peintres, mon père, mon oncle, mon grand frère. J'ai donc grandi
entouré de peintres. De là me serait venu mon fort penchant pour
la peinture. J'ai commencé très tôt, en 1988, j'avais alors treize
ans.
|
|
M.P.L.:
|
Quelle a été votre formation artistique?
|
|
R.N.:
|
Ma
première formation m'est venue indirectement de mon père qui comme
les autres était un peintre primitif. J'ai appris en le regardant
faire et en explorant ses ouvres. J'ai n'ai jamais été inscrit dans
un cours d'art. Je n'ai jamais eu de professeur. J'ai eu ensuite
le chance de rencontrer des personnalités du monde de l'art qui
m'ont conseillé et quelque peu orienté. |
|
M.P.L.:
|
Comment
votre art est-il évolué ? Pourquoi? |
|
R.N.:
|
Au
début j'étais bien sûr un peintre primitif. J'ai compris assez vite
les insuffisances de mon art et je me suis efforcé de reprendre
les choses à la base. Je me suis procuré des livres et j'ai travaillé
ma couleur et mon dessin, insistant sur l'anatomie et la construction
de l'espace. Je suis devenu un peintre réaliste, je me suis alors
passionné pour les natures mortes. Rapidement j'ai évolué vers une
expression plus abstraite. |
|
M.P.L.:
|
Comment
auriez-vous défini votre style actuel? |
|
R.N.:
|
Il
est pour moi très difficile de caractériser mon style actuel. Je
cherche toujours. Je fais des expériences dont certaines seulement
sont retenues. J'hésite toujours entre le figuratif et l'abstrait
mais je ne suis plus du tout tenté par l'art photographique. Je
pense que la peinture à travers la ligne et la couleur doit pouvoir
exprimer mes émotions, traduire mes états d'âme. Mes recherches
se sont organisées dans cette direction. |
|
M.P.L.:
|
Quelle
place joue le vaudou dans votre inspiration actuelle ? |
|
R.N.:
|
Je
ne suis pas un être attiré par la religion, celle là ou une autre.
S'il m'arrive de penser au vaudou c'est en tant que source possible
de valeurs xsthétiques mais je n'y vois pas de source d'inspiration.
Je ne me souviens pas d'être une seule fois parti directement du
vaudou. Mais je n'ai aucune objection à ce que d'autres s'en servent.
Je veux quant à moi rester dans la nature tout en rêvant au futur
du monde auquel j'appartiens. |
|
M.P.L.:
|
Comment
voyez-vous l'avenir de l'art haïtien? A Jacmel d'abord et pour tout
le pays? |
|
R.N.:
|
Cet
avenir me paraît très incertain. Les artistes jacméliens ne reçoivent
aucun encouragement. Il n'y a aucun vrai centre de formation artistique
à Jacmel. Aux prises avec les réalités de la vie de nombreux artistes
ont déjà émigrés en République Dominicaine. Les autres sont pour
la plupart dans une situation désespérée.
La situation n'est pas tellement différente au niveau national.
Le marché n'est plus du tout ce qu'il était. On a de plus l'impression
que l'art haïtien patauge, incapable de se renouveler. Quelque chose
de sérieux doit être tenté si l'on veut sauver l'art haïtien. |
|
M.P.L.:
|
Comment
pensez-vous qu'on pourrait aider les jeunes artistes haïtiens? |
|
R.N.:
|
Les
jeunes ont besoin d'une solide formation. Ils ont aussi besoin d'un
traitement plus juste et plus humain dans notre société déchirée.
Il faudrait les présenter au grand public, leur offrir la possibilité
d'exposer leurs ouvres et de se faire connaître. Ainsi, ils seront
invités à avoir des attitudes et des conduites beaucoup plus positives.
|