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I N T E R V I E W
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Interview
of Rachel Castera Herter by Michel Philippe Lerebours
M.P.L. = Michel Phillippe Lerebours
R.C.H. = Rachel Castera Herter
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M.P.L.:
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Quand
et dans quelles circonstances avez vous commencé à peindre? |
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R.C.H..:
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Depuis l'enfance
je me suis intéressée à tout ce qui a rapport à l'art. J'ai débuté
en coloriant avec passion les "paint by number" alors très à la
mode. Se rendant compte de mon intérêt, et aussi pour m'occuper
pendant les vacances, ma mère me fit don de quelques des tubes de
peinture acrylique et de pinceaux. J'improvisai un chevalet sur
une chaise de la salle à manger et, dans la chambre même de mes
parents, je réalisai mon premier tableau. C'était en 1970 je devrais
alors avoir 17 ans.
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M.P.L.:
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Comment auriez vous défini votre style?
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R.C.H..:
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J'hésite
à définir mon style. Au début de ma carrière, l'une de mes préoccupations
a été de me donner un Style original. J'évitais soigneusement de trop
ressembler à un peintre ou à un autre. J'ai surtout utilisé des livres
pour me former. Je crois que j'ai acquis un style bien à moi, qu'il
m'est malheureusement difficile de définir. Je dirai peut-être un
peu d'impressionnisme et un brin de réalisme. |
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M.P.L.:
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Pensez
vous que la peinture soit essentiellement l'art de la couleur? |
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R.C.H..:
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Bien
sur que non, la couleur autant que la forme, la composition, le sujet
et le sentiment que l'artiste fait passer au spectateur sont aussi
importants les uns que les autres. Cependant chaque artiste a un intérêt
bien personnel. La couleur est essentielle pour moi. Elle reflète
un trait de mon caractère. Je suis une optimiste de nature, ainsi,
Je fais un choix conscient de couleurs vives et heureuses. Je pose
mes couleurs en une multitude de couches très fluides pour donner
cet effet de distance et de lumière diffuse et appaisante. |
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M.P.L.:
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Quelles
sont les grandes étapes de votre évolution? |
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R.C.H..:
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Comme
la plus part des artistes haïtiens, je suis autodidacte. Depuis très
jeune , je m'intéressais à l'art. J'avais un certain talent pour le
dessin. Et j'ai eu la chance de toucher à un peu de tout ce qui m'intéressait.
Mes premiers tableaux ont été des copies d'oeuvres tirées des livres
d'art. Puis je me suis lancée dans l'Abstrait. Je travaillais alors
au couteau directement sur le canevas sur lequel j'appliquais des
couleurs très vives. Dans la suite, voulant avoir un peu de direction,
j'ai travaillé quelques mois à l'atelier de Néhémy Jean avec qui j'ai
expérimenté le visage humain. J'ai peu après commencé des recherches
sur différentes techniques. e me suis particulièrement intéressée
à la couleur. En Espagne et aux Etats-Unis où j'ai séjourné, j'ai
fait des tours de galeries et de musées et j'ai beaucoup appris. De
retour en Haïti j'ai été fascinée par la peinture de Bernard Séjourné
et de Jean René Jérôme. J'ai été ensuite, 1984-1985, attirée par une
approche plus réaliste. C'est seulement à la fin des années 1980 que
j'ai trouvé ma vraie direction. |
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M.P.L.:
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Quelles
sont les artistes haïtiens ou étrangers qui vous ont le plus marqué?
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R.C.H..:
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La
technique de Bernard Séjourné beaucoup plus que ses sujets, m'a fascinée.
Je passais parfois des heures à mon chevalet essayant de découvrir
les secrets de sa technique. Les formes et les couleurs de Philippe
Dodard ont également retenu mon attention. J'ai été aussi attirée
par la simplicité et la beauté des toiles de Gesner Armand. Mes lectures
et mes visites de Musée m'ont permis de rencontrer les grands maîtres
et j'ai un faible pour Monet, Pissaro, Renoir et les autres impressionnistes.
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M.P.L.:
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Vous
vivez surtout à l'étranger, Pensez vous que votre art ait encore des
liens avec l'art haitïen? |
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R.C.H..:
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Je
vis à l'étranger, mais je me suis toujours considérée comme une artiste
haitïenne. Bien que je n'aie pas exposé très souvent en Haïti, j'espère
être considérée comme telle par le milieu artistique haitïen. Mon
art est toujours en connection avec Haïti. Dès que je prends un pinceau,
je pense à Haïti, à ses gens, à sa vie journalière, à ses coutumes.
La nostalgie influence beaucoup le choix de mes sujets. Je peins Haïti
pour me sentir plus près de ma famille, de ma terre natale pour rester
connectée. Je suis liée à Haïti par mon enfance, ma famille et l'amour
du pays. Je renouvelle mon inspiration lors de mes voyages, pas assez
nombreux au Pays hélas! et grâce à la gentillesse de ma soeur Raphaëlle
qui prend des photos extraordinaires. Je ne perds donc jamais le contact
avec Haïti. |
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M.P.L.
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Quelle
est votre conception de l'oeuvre d'art? |
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R.C.H..:
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Chacun
a une conception personelle de l'oeuvre d'art. Une oeuvre d'art pour
moi est synonyme de beauté et d'émotion. Beauté est certainement une
notion subjective tant pour le créateur que pour le spectateur, quelque
soit le médium utilisé. Emotion et passion sont des états d'âme très
personnels. J'aime aussi créer un climat de sérénité. |
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M.P.L.
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Quelle
place tient le sujet dans vos préoccupations artistiques? |
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R.C.H..:
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Je
travaille différents sujets selon mon humeur ou mon état d'âme. Parfois
je peins des scènes de la vie journalière, des jardins ensoleillés,
des portraits ou la nature. Chacune de mes oeuvres est traitée avec
le même enthousiasme. Le sujet est important seulement parce qu'il
est le prélude à l'oeuvre d'art. La manière dont il est traité le
rend essentiel à l'oeuvre. |
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M.P.L.
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Quelles
sont vos perspectives d'avenir? |
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R.C.H..:
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L'avenir,
qui sait ce qu'il nous réserve. Notre monde semble être sur le point
de basculer.. Je m'intéresse depuis quelques temps au papier mâché
et à la mosaïque. J'aimerais aussi m'essayer à la sculpture. Je peins
toujours et pense préparer une exposition, peut-être pour la fin de
l'année 2002 . |