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En butte
aux difficultes d'un marche devenu moins snob, moins entiche des
souvenirs touristiques, plus exigeant quand aux valeurs formelles,
la derniere generation d'artistes Haitiens, celle des annees 90
a ete plus que les autres, animees d'une volonte de plus grande
ouverture, et de renouvellement, rompant parfois brutalement et
sans possibilite de retour avec un passé dont les tenants
et aboutissants semblaient immuables. Les debats se centraient
d'abord sur l'Ecole de la Beaute et le "comment s'en sortir".
Et en reponse , la tentation d'un surrealisme plus Intellectuel,
celle d'un hyperrealisme, celle d'un abstrait geometrique ou informel.
Et pourquoi pas, celle des installations.
Il y eut
certes des hesitations, des rejets, des retours en arriere. Et,
des reconversions. Pour le moment, les installations pour le public
national se presentaient comme une demarche plutot factice. L'abstrait
se voulait encore etrange a la mentalite Haitienne. Avant de les
accepter , un long chemin etait a parcourir . Restaient donc le
surrealisme et l'hyperrealisme.
Ou placer
Harold Dessalines? Il n'est certainement pas du nombre de ceux
qui sous pretexte de la faire eclater, lance la couleur vaille
que vaille sur la toile et aboutissent a des harmonies plus ou
moins douteuses. Il n'est pas non plus de ceux qui croient en
la representation fidele et objective de l'objet. Qui se laisse
tenter par une vision photographique. Pour ne point dire reproduction
trop fidele, sans couleur d'ame et sans ame.
Au debut
tout semblait l'orienter vers l'hyperrealisme et cette demarche
avait parru prometteuse. L'acuite de sa vision, la precision et
la nettete de son dessin qui lui permettaient de saisir et de
traduir fidelement le moindre detail, donnaient des representations
etonnement ressemblant mais non exemptes d'un certain mystere.
Deja aussi, la poesie de ses harmonies de couleur, contredisant
la verite recherchée, donnait a son style un accent particulier
et proposait un monde reve plutot que percu.
L'hyperrealisme
a ete une etape vite franchie. Ses preoccupations etaient autres,
qui assumaient le reel seulement pour le transcender, briser les
limites d'un vecu trop etroit et materialiser des fantasmes. Il
s'attardait par moment a modeler et a fignoler des natures mortes
dans des mises en page simples mais audacieuses qui leur decouvraient
brusquement un caractere insolite, en faisaient presque des symboles
a interroger et a comprendre. Autant que ses paysages brumeux
baignes dans une lumiere irreelle, a la limite du feerique. Et
partout, un silence inquiet, tisse de non-dit.
Le traitement
des objets , son sens du bien-fait, la somptuosite des couleurs,
n'etaient point sans faire penser a l'Ecole de la Beaute. Mais
la encore les intentions etaient differentes. Il y avait une nervosite
interne qui precedait et justifiait les explosions et se concentrait
parfois dans des bavures volontaires de la couleur. Et l'on sentait
immediatement que le jeu ample des formes n'etait qu'un leure
pour nous tenir en dehors de la brutalite des reves et nous detourner
des vrais interrogations. Plus il s'avancera, plus il aura d'ailleurs
du mal a contenir ses silences.
Pour discrete
qu'elle sera , l'etrangete des natures mortes n'echappera pas.
Des objets heteroclites rassembles sur une table, ou sur une croix.
Objets qui souvent changeaient de destination quand ce n'etait
de nature. La calebasse devenait pot a fleur et la fleur flamme
de chandelier. Quel role jouaient les journaux? Certainement pas
celui de nous informer ou de preparer la memoire. Tout semble
impregne d'un mysticisme sauvage allant parfois jusqu'a l' esoterisme
dans une ambiguite totale de tous les elements choisis.
Cette ambiguite
nous jette face nous-memes, face au mystere de nous-memes. Et
le silence devient mumure tenace au plus profound de la nuit.
Sans espoir de l'aube. Et lentement face a cette oeuvre d'une
exceptionnelle maitrise technique, d'une rare puissance poetique,
nous nous sentons penetre de l'angoisse de toute une generation
qui a appris a connaitre la faussete de ses certitudes et l'inanite
de ses espoirs.
~Michel
Philippe Lerebours
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