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I N T E R V I E W
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Interview
of the Tintin Brothers by Michel Philippe Lerebours
M.P.L. = Michel Phillippe Lerebours
T. B. = Tintin Brothers
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M.P.L.:
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Quand
et comment avez vous commencé à peindre? |
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T.B.:
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Je me suis
toujours passionné pour le dessin. A l'école primaire je dessinais
sur tous mes cahiers. Mon directeur d'alors, à la Ferme École de
Thor, Monsieur Fritzner Lamour a voulu m'encourager et m'a offert
une boîte d'aquarelle. Ce fut ma première rencontre avec la couleur.
J'ai vraiment commencé à peindre en 1984, à 20 ans.
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M.P.L.:
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Quelle a été votre formation aristique?
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T.B.:
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Jai d'abord travaillé avec mon cousin Eddy Jean-François, un peintre
naïf qui faisait de la peinture commerciale. C'est Georges Hector
qui le premier m'a enseigné les techniques du dessin et de la peinture.
Il était mon voisin. J'ai été aussi attiré par Rico Dupiton qui était
beaucoup plus classique et peignait des scènes de cabotage et des
paysages. En 1988 je suis entré à l'Énarts. C'est là que j'ai eu ma
vraie formation avec Franck Louissaint, Richard Barbot. Je dois beaucoup
à Dieudonné Cédor qui habite mon quartier et avec qui j'ai encore
de longues conversations et des séances de travail. |
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M.P.L.:
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Qu'est-ce
qui a porté vos frères à peindre? |
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T.B.:
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En
1984 ma famille a vécu une situation difficile. Cette année là mon
père est mort, une année exactement après ma mère. Je commençais alors
à peindre sérieusement. J'avais beaucoup à faire. Je me sentais également
responsable avec mes aînés, de l'avenir de mes trois jeunes frères.
Je ne voulais à aucun prix qu'ils deviennent des délinquants. J'ai
tenu à ce qu'il m'aident dans certains travaux comme préparer les
toiles et les chassis. Le goût de la peinture leur est ainsi venu.
À Eddy, puis à Gino et finalement à Jean-René. |
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M.P.L.:
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Vos
frères ont-ils la même formation que vous? |
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T.B.:
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Nous
avons au départ travaillé ensemble. Nous n'avions qu'une palette et
qu'un seul chevalet. Je leur ai passé toutes mes connaissances techniques.
Nous avons partagé certaines expériences mais j'ai toujours insisté
pour que chacun garde ses libertés et fasse lui même ses propres expériences.
Jean René et Eddy ont étudié à l'Énarts avec d'autres professeurs.
Gino n'a travaillé qu'avec Cédor, Coachy et moi-même. Bien que nous
partagions toujours le même atelier, je crois que nos style sont absolument
différents ainsi que nos préoccupations. |
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M.P.L.:
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Comment
auriez vous défini votre style et ceux de vos frères? |
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T.B.:
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J'ai
été d'abord un peintre naïf et j'ai failli devenir un peintre commercial.
Mes fréquentations avec Georges Hector et Rico Dupiton m'ont heureusement
donné une autre orientation. J'ai, à un certain moment, subi les influences
de Jean-René Jérôme et de Lyonel Laurenceau et je suis tombé dans
l'École de la Beauté. Aujourd'hui mon art est différent. Je tends
à devenir un peintre abstrait qui s'appuie sur la force expressive
de la couleur. Jean-René essaie de sortir de l'esthétique de la beauté.
Son style se fait chaque jour plus personnel; il attache beaucoup
d'importance aux harmonies de couleurs. Eddy a également subi l'influence
de l'École de la Beauté mais s'oriente vers des formes plus nettes
et plus structurées. Il parait rejoindre le courant surréaliste. Gino
est, lui aussi, passé par l'École de la Beauté mais s'en est profondement
écarté. Aujourd'hui son style repose essentiellement sur la ligne
veut créer des ouvres pleinement originales liées au surréalis! me.
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M.P.L.:
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Quelle
place accordez-vous au sujet? |
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T.B.:
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A
l'opposé de Jean-René et de Gino, Eddy et moi-même nos accordons peu
d'importance au sujet. Je ne rêve jamais le tableau que je vais peindre.
Généralement je me mets devant mon chevalet sans idée arrêtée. C'est
progressivement que le tableau se crée. Je me laisse mener par les
couleurs qui s'appellent et se complètent. Jean-René et Gino dessinent
beaucoup avant d'aller vers la toile et prendre le pinceau. |
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M.P.L.:
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Quelle
place tient le vaudou dans votre cour? |
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En
tant qu'Haïtien nous ne pouvons ignorer le vaudou. A mes débuts, je
peignais des scènes de vaudou. Je les ai laissé tomber. Je tends de
plus en plus vers l'abstrait. Mes frères, surtout Jean-René et Gino
s'en inspirent toujours mais avec beaucoup de discrétion. Les vèvès
ont une grande valeur artistique et ne devraient pas être négligés.
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M.P.L.:
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Comment
voyez-vous l'avenir de la peinture haïtienne? |
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Positivement.
Nous ne savons pas comment a été le passé. Nous savons qu'il existe
aujourd'hui une clientèle haïtienne disposée à soutenir l'art de ses
artistes. Les peintures haïtiennes se retrouvent actuellement dans
presque toutes les maisons. Il suffit que les artistes soient sérieux
pour que l'avenir soit assuré |